Nouvelles et romances érotiques pour adulte

  • Accueil
  • L'autrice
  • Histoires érotiques
  • C'est vous qui écrivez

Les Échos du Manoir - Partie 1

Environ 1h10 de lecture

Lola a trouvé un travail dans une attraction. Elle qui n'aime pas avoir peur, elle va découvrir que la peur peut être parfois grisante.

( Avec les écouteurs sur les oreilles ou pour revivre l'histoire après:

Spotify : playlist "Les Échos du Manoir" - LadyLola

https://open.spotify.com/playlist/7rcMTqH3y2BJgA70Zl4u7m?si=jti2uTklSlC2mJE-wiMbBw&pi=RXDb9BEUSA2r_ )

Voilà plusieurs minutes que la jeune femme progresse. Elle est prudente et chacun de ses pas semblent mûrement réfléchi. Tremblante, elle avance vers les sons de plus en plus audibles.

L’effroi la saisit à mesure qu’elle s’approche comme si elle sentait que le dénouement était proche.

Elle explore le lieu envahi par l’obscurité du bout des doigts. Des frissons d’horreur provoqués par le contact de ses doigts sur la matière grasse et poussiéreuse des murs secouent son dos. On peut entendre son cœur taper furieusement dans sa poitrine.

Quelque chose de plus lisse glisse désormais sous la pulpe de ses doigts, des fissures puis un coin. Elle continue pourtant, encouragée par les mots qu’elle se répète inlassablement.

Sa main percute un rebord inattendu et elle sursaute.

Elle a beau plisser les yeux pour voir ce que c’est, rien n’y fait. Il fait beaucoup trop sombre dans cette partie du manoir abandonné depuis longtemps. La jeune fille pose sa main à plat pour tenter d’apprécier ce qui se présente à elle. Le mur gluant fait rétracter ses petits doigts de dégoût… il semble bouger. C’est une trappe.

Elle l’ouvre prudemment. La lumière entre dans le couloir sombre.

Quelques secondes sont nécessaires pour habituer ses yeux à la soudaine luminosité mais les bruits qui lui parviennent distinctement maintenant ne lui laisse aucune illusion sur ce qu’elle s’apprête à voir.


Ohhh la! Doucement! Que se passe-t-il?

J’ai conscience de te causer bien des tourments à cesser ainsi mon récit.

Mais même si le temps n’a pas d’emprise sur moi, il n’en est pas moins que je possède les connaissances nécessaires pour savoir qu’une bonne histoire ne saurait se construire sans un commencement…


C’est fou comme l’automne a rapidement remplacé l’été. J’ai l’impression qu’hier encore, je choisissais le short qui serait le plus confortable pour survivre à la chaleur étouffante de l’extérieur.

Au contraire, ce matin je ne trouvais pas un seul haut assez chaud pour m’encourager à sortir sous le ciel gris - et pourtant me voici, dehors, enroulée dans ma grosse écharpe à regarder le grand arbre qui est planté devant moi. Ses feuilles sont déjà orangées et bientôt, elles couvriront le sol.

Un grand manoir se dresse derrière. Je me demande par quel miracle cette relique d’un autre siècle tient encore debout ; de l’extérieur, il semble complètement abandonné, laissé à la nature pour se désagréger parmi les éléments. Certainement un effet voulu …

Ce petit manoir, comme on me l’a vendu, a quand même deux étages! Bien loin de mon petit studio au 3ème étage sans ascenseur!

Il devait être très beau à l’époque où il a été construit mais désormais il ne ressemble plus qu’à une ruine. Les murs lézardés, les vieilles feuilles de lierres qui s’accrochent désespérément aux briques et le temps gris donnent à ce lieu une ambiance particulièrement sombre. Les fenêtres du 1er et du 2ème sont toutes condamnées… enfin, sauf une.

Il me semble rapidement voir une silhouette passer devant la vitre brisée du 1er étage. Je plisse les yeux mais rien.

C’est vrai que ce lieu est terriblement impressionnant. Jamais de toute ma vie, je n’aurais pensé travailler dans un endroit pareil. Moi qui suis si peureuse, ce petit job arrive avec beaucoup d’ironie. Malheureusement, je n’ai rien trouvé d’autre et mes études ne vont pas se financer toute seule.

Je regarde donc avec détermination ce manoir - une qualité heureusement bien présente chez moi. Un petit frisson d’horreur me traverse mais je m’avance quand même jusqu’à l’entrée déserte.

« Bonjour brave femme. »

Je sursaute. Un homme portant un costume de majordome rapiécé et poussiéreux est sortie de l’entrée brusquement.

« Aurez-vous le courage de pénétrer dans le château le plus hanté de France? » me demande-t-il d’une voix macabre.

Je me ressaisis. Cette homme joue admirablement son rôle et son costume est impressionnant de réalisme. Si je le croisais en pleine nuit, je me demanderais si je ne suis pas entrain de vivre une expérience paranormale.

« Il va bien falloir, je crois… puisque je vais y travailler pour les prochaines semaines. »

L’homme change alors d’expression et reprend une constance moins morbide.

« Tu fais partie des nouveaux qui viennent travailler pour les vacances? »

« Oui, je viens pour la réunion du premier jour. L’attraction n’est pas fermée ce matin? »

« En effet, mais je suis là quand même. Il faut bien quelqu’un pour accueillir les personnes qui n’ont pas regardé les horaires d’ouverture. Alors je joue mon rôle au mieux pour leur donner envie de revenir. » me répond-il en mimant un geste effrayant.

« Ah oui, je comprends. Moi, ça m’a plutôt donné envie de fuir. »

Il ri.

« Dis moi donc, qu’est-ce qui t’a donné envie de venir travailler ici alors? »

« Je ne sais pas … au hasard… l’argent? »

Il ri de nouveau.

« Je comprends. Je suis Jérémy et je promets de ne pas trop t’effrayer. »

« Enchantée Jérémy, je m’appelle Lola et je ne sais pas quel personnage je vais jouer mais je promets de ne pas t’effrayer non plus. »

« Je te remercie mais je trouve le frisson plutôt dynamisant. »

« J’en doute. »

Jeremy me regarde avec un regard amusé.

« Qui vivra verra. Il n’est pas impossible que tu le trouves séduisant à ton tour. » Il me fait un clin d’oeil et poursuit, « Par contre, ma beauté, tu n’es pas vraiment au bon endroit. Il faut que tu passes par l’entrée des employés. »

« Mince, c’est où? »

« Tu comprendras que je ne peux pas t’accompagner mais tu vois le cimetière sur le côté, il y a des escaliers qui descendent dans une crypte, c’est la porte qui est à l’entrée. Normalement, elle est ouverte pour les nouveaux ce matin. »

« Super merci. »

Je me retourne et de là, je peux apercevoir les premières tombes.

« Oh fait, y a personne qui travaille dans le manoir aujourd’hui? » demandè-je avant de m’éloigner.

« Y a le responsable dans les sous-sols qui vous attend, sinon je suis le seul. Bon courage à toi. »

Je repense à la silhouette, persuadée que mon imagination m’a jouer un mauvais tour. C’est plutôt une sale habitude chez moi. Je suis vraiment une trouillarde mais j’ai, en plus, la joie d’avoir une imagination débordante.

Je remercie le majordome et fouille ma poche à la recherche de mon portable. Peut-être aurais-je le temps de fumer une cigarette avant de pénétrer dans ces lieux angoissants?

8h58. Deux minutes, c’est un peu court pour fumer.

Je longe rapidement le château pour me retrouver au milieu des tombes. Les feuilles des arbres ont commencé à tomber ici et recouvrent partiellement les vieilles tombes présentes. La brume ne s’est pas totalement levée et ajoute à l’air particulièrement macabre à ce lieu.

L’entrée du personnel est bien cachée. J’ai la désagréable impression de descendre dans une vraie crypte sortie des films de fantômes les plus effrayants. Je presse le pas, me demandant si quelques zombies à la recherche d’une cervelle bien fraiche ne vont pas me sauter dessus. Encore mon imagination!

J’essaie de ne pas visualiser ce lieu la nuit et je pousse la porte verte qui se trouve au fond de la petite pièce en pierre. Au moins, cette porte donne un petit air plus moderne au lieu.

Je m’avance dans le long couloir cimenté qui suit l’entrée. Une première porte sur la droite indique le vestiaire des femmes suivie d’une autre pour le vestiaire des hommes quelques mètres plus loin. A gauche, une porte grande ouverte me permet d’entrevoir ce qui semble être un lieu de pause. Une immense table et des chaises se trouvent au centre - beaucoup de personnes doivent travailler ici - une télévision est pendue au mur ; un fauteuil est installée à côté d’un petit aménagement présentant tout le nécessaire de cuisine.

Puis enfin, j’arrive vers une autre porte ouverte où un grand homme fait face à une dizaine de personnes. Je le reconnais, je l’ai rencontré pour l’entretien, c’est le responsable des lieux. Il se tourne vers moi et me sourit.

« Bienvenue, je suis heureux de vous revoir. »

« Bonjour. »

« Ah oui Bonjour. Installez-vous. Il manque encore quelques vacataires et nous devrions pouvoir commencer. »


Deux heures après mon arrivée, au moins un litre de café coule dans mon sang faisant battre mon cœur nerveusement - il me faut bien ça pour suivre le rythme effréné du responsable qui anime cette réunion. Des doubles de clefs nous ont été distribués ainsi que nos horaires et une fiche technique présentant les caractéristiques de nos personnages. Nous n’avons pas vraiment eu le temps d’y jeter un coup d’oeil, le responsable est une machine lancée à trop grande vitesse.

Je tente de me concentrer sur les mots de M. LOSTSOUL qui nous décrit rapidement le fonctionnement de ce manège :

« Il y a quelques années, cet ancien manoir, construit au 17ème siècle par une famille notable de la région, Les Moransi, a été réhabilité pour en faire une attraction.

Beaucoup d’argent a été déposé sur la table. De gros travaux ont eu lieu. Des choix ont été fait.

Une équipe restreinte est présente toute l’année.

Il y a les techniciens - ils ne sont pas présents la journée mais sont joignables à n’importe quelle heure - des personnes qui entretiennent le manoir - une fois par semaine, tard le soir - et les personnages qui hantent le lieu - en tout une vingtaine de personnes.

Cette attraction est l’une des seules d’Europe à avoir autant de personnages réelles remplaçant les pantins articulés habituels, ce qui en fait le château hanté le plus visité de France. »

Et ça, ça rend très fier le responsable qui semble avoir gagné 2 cm de hauteur.

« Sans compter sur toutes les rumeurs qui circulent sur le château… mais je ne vous en dirais pas plus. » ajoute-t-il mystérieux.

Son côté rassurant est chaleureux, me dis-je ironiquement. Autour de moi, les visages présents semblent plus sereins et je recentre mon attention sur M. LOSTSOUL.

« Les vacances d’Halloween représentent 40% du chiffre d’affaires de l’année. C’est un moment très important qui me demande une organisation mé-tho-di-que. » poursuit-il avec arrogance. « Je tiens donc à ce que chacun respecte l’ambiance du lieu et son organisation pour offrir à nos clients le frisson qu’ils attendent de nous. Vous pourrez voir votre équipe et votre rôle au dessus du document qui vous a été distribuée. »

Je regarde rapidement : Jeune femme noble - AM.

« Deux équipes travaillent pendant cette période : une du matin qui commence à 8H30 pour être prête pour l’ouverture du château à 9H. L’équipe d’après-midi prend le relais à 13H30 jusqu’à 19H, arrivée à 13H O-BLI-GA-TOIRE. Un repas est à votre disposition tous les jours de 12H30 à 14H30, vous avez le choix de manger ici ou de manger à l’extérieur.

Ces horaires sont valables du dimanche au jeudi. Le samedi et le vendredi, le château hanté est ouvert le soir en plus. Toute l’équipe est au complet et un repas vous est offert à 19H30. Le château est ouvert de 20H45 à 23H. Comme l’équipe est au complet, les nouveaux profitent de ce temps pour faire le manège. »

Il est clair que je ferais pas partie de ces gens-là.

Le responsable porte son poignet vers son visage et regarde sa montre.

« Très bien, il nous reste un peu de temps. Je vous invite à me suivre.»

L’homme se lève pour sortir de la pièce et se dirige vers le fond du couloir.

« Suivez moi bien, je vais vous montrer où seront vos postes. Ici on se perd vite. »

Le béton a laissé place à la pierre plus ancienne et je me concentre afin de noter un maximum de repères.

Ce long couloir froid s’ouvre sur de nombreuses galeries dont certaines sont condamnées par une grille. Le vent siffle à travers les dédales qui parcourt le sous-sol. De petites leds au plafond sont accompagnées d’une lumière clignotante indiquant la sortie d’urgence.

« Le deuxième couloir sur votre gauche vous amène vers le coin fumeur. Le troisième à droite permet de se rendre dans le local technique qui est le centre névralgique de tout le système électrique. Vous n’aurez pas besoin de vous y rendre.

Nous sommes dans les sous-sols du château. Il fait un peu froid mais la température est meilleure au dessus. Toutefois, n’hésitez pas à apporter des t-shirts thermiques à mettre sous vos costumes. »

Sur ces mots, M. LOSTSOUL tourne à gauche dans un couloir qui se termine par un escalier de service en fer.

« Ceci est l’escalier de service qui vous permet d’accéder au 2ème étage. Il est accolé à l’ascenseur de l’attraction. Voici la porte qui permet au groom d’y accéder. »

L’homme ouvre pour nous montrer où se postera l’employé puis commence à monter l’escalier.

« Malheureusement, nous avons dû condamner pas mal d’escaliers pour monter l’attraction donc il faudra faire des détours pour certains d’entre vous. Cette porte est censée accéder au premier mais elle est complètement condamnée. Beaucoup de problèmes dans cette partie du Manoir. Je ne vous parlerai pas de la galère pour trouver des ouvriers qui acceptent d’y faire des travaux. »

Un lieu vraiment insalubre, des esprits frappeurs? Qui sait ce qui rend si difficile les travaux…

Il continue à monter les marches et au bout de l’escalier, une petite porte verte marque l’entrée dans un couloir.

« Ces couloirs ne sont accessibles qu’au personnel, ce sont un peu comme les coulisses d’un spectacle et vous vous êtes les acteurs. »

Le responsable a un grand sourire sur les lèvres, il semble très fier d’être le chef d’orchestre de toute cette mascarade et je me demande s’il ne s’est pas trompé en me recrutant. Rien n’indiquait que je n’avais de près ou de loin l’étoffe d’une actrice - pas de formation, ni même un intérêt quelconque pour le théâtre.

Je regarde autour de moi et la nervosité semble entraver ma respiration. Moi qui pensais évoluer dans des décors fabriqués et des locaux techniques modernes, je suis bien déçue.

Ce couloir sombre est éclairé par de faibles chandelles à ampoule datant certainement de l’invention de l’électricité. Le grésillement reconnaissable d’une vieille installation électrique est le seul bruit présent. La peinture jaunies des murs s’écaillent et par endroit, de vieilles tapisseries tombent en lambeaux, recouvrant des illustrations de chasses ou de fleurs. Le bleu du graphisme qui devait auparavant donné une ambiance apaisante à la pièce est désormais tâché de particules marron et de moisi. Régulièrement des planches de bois sont cloués au murs, condamnant certainement les fenêtres que j’ai aperçue à l’extérieur.

Le plus effrayant dans tout ça? C’est clairement que ce n’est pas une décoration sortie de l’esprit d’un tordu qui aime faire peur mais juste les restes pourris de ce vieux manoir.

« Cette porte c’est pour les soubrettes. »

Il l’ouvre rapidement. Un décor d’intérieur nous apparait rapidement mais déjà le responsable est en route pour la porte suivante.

Nous le suivons entassés et je vois au regard affolé de mes collègues qu’eux aussi essaient de noter un maximum de détail pour ne pas se perdre. Dans un coin, de vieux costumes abîmés sont entassés et un gros masque au nez pointu semble me suivre de ses yeux vides.

« Ici vous avez un premier escalier qui vous mènera au premier étage. Nous le prendrons après. »

Heureusement, le ton sec et rapide de notre guide a vite fait de ramener mon esprit à la réalité.

M. LOSTSOUL tourne à gauche et au fond, un ours empaillé marque la fin du couloir. Du sang séché coule de ses dents.

« Cette porte-là, c’est pour le mari qui pousse sa femme et pour l’épouse morte. Nous allons rentrer, il faut que je vous montre plusieurs choses. »

Nous passons la porte pour nous retrouver dans un décor d’intérieur digne du lieu. Des bibliothèques poussiéreuses accueillent de vieux livres. Des sofas graisseux sont disposés ici et là, un portrait peint représentant une jeune femme est déchiré à de nombreux endroits et ce sont toujours les vieilles chandelles qui éclairent la pièce. La décoration n’a pas du leur coûter cher.

Chaque objet disposé soigneusement pour provoquer l’angoisse semble animé d’une énergie trop lourde pour pouvoir être déplacé. Certainement sont-ils ici depuis des années voire même des siècles.

Sur notre droite, le sol semble descendre et l’obscurité nous empêche d’en apercevoir plus.

Nous traversons des rails pour accéder à un balcon donnant sur le 1er étage. L’obscurité avale complètement le vide.

« Veuillez regarder par dessus la rambarde s’il vous plait » - non vraiment je n’y tiens pas, pensè-je - « … je ne sais plus qui fait le rôle de la femme morte. »

Les femmes du groupe semblent réfléchir et moi-même, j’essaies de me souvenir rapidement de ce que j’ai lu sur mon manuel.

Une petite brune s’avance timidement.

« Je crois que c’est moi Monsieur! »

« Très bien. C’est quoi ton prénom? »

« Je m’appelle Asma. »

L’homme l’invite à la rejoindre et lui pointe quelque chose du doigt.

« Tu vois Asma, ici c’est la plateforme où tu te positionnera pour ton rôle. Tu y accède par cette petite ouverture dans la rambarde. Tout est expliqué dans le manuel. »

Asma regarde pensive le vide et je m’y penche à mon tour. La petite brune ne semble pas rassurée et je la regarde avec un sentiment mitigé. Je suis particulièrement ravie de ne pas être à sa place mais elle me fait aussi beaucoup de peine.

Cependant, nous n’avons pas trop le temps de trainer que déjà M. LOSTSOUL avance dans le couloir.

Arrrghhghhhhggg!!!!!! Bam Bam Bam !

Je sursaute reculant de plusieurs centimètres. Un cri affreux de femme raisonne dans le manège et des portes se déforment avec violence comme si elle était hantée. Même si ces portes sont les seuls éléments ressemblant à des décors de cinema, la surprise a été totale.

« Rrrrhhhhaaa, ils ont encore oublié d’arrêter ces portes. Ce n’est pas la première fois que je fais cette remarque. » râle le responsable.

Il s’avance vers une bibliothèque. Il ouvre la porte vitrée qui grince affreusement et appuie sur un bouton dissimulé avant de continuer sa route.

« J’espère que vous n'êtes pas cardiaques. » ajoute-t-il en se tournant vers moi.

Pas encore, pas encore mais certainement bientôt, pensè-je.

Nous tournons puis arrivons à l’autre partie du balcon. Une grosse caisse en bois se trouve vers le coin et un mur représentant des vitraux se trouve face au vide.

« Voici la place du marié qui assassine sa femme. Les mannequins se trouvent dans la caisse » dit-il en indiquant le rangement du doigt, « Pour le reste, tout est aussi marqué dans le manuel que vous avez eu. »

M. LOSTSOUL tourne encore puis nous fait rentrer à nouveau dans le couloir de service qu’il traverse à toute vitesse. Nous avons du mal à le suivre et je me demande si je ne vais pas finir par me perdre totalement.

Il prend un escalier et nous atterrissons dans un nouveau couloir identique au premier - même tapisseries usées, même éclairage.

A peine suis-je rentrée dans ce lieu que mes muscles se contractent. Les poils de mes bras se redressent. Je les frotte vigoureusement pour faire cesser cette sensation.

Après l’escalier, un vieux portrait représentant un homme au regard bleu azur cruel semble être tombé sur le sol et déjà mon imagination s’emballe à nouveau. Ses yeux semblent nous surveiller avec une attention malsaine. Je me sens observée, oppressée par le personnage.


Des divans, autrefois de grandes qualités sont entreposés dans les coins et les toiles d’araignées habillent désormais les murs.

Il me semble évident que l'entretien prévu une fois par semaine n’est pas suffisant et voilà des années que j’avise l’intendant de la situation mais rien ne change. Du reste, voici le brave homme à nouveau retenu pour faire visiter les lieux. Quel déshonneur qu’ils puissent explorer le manoir dans cet état.

A quelques encablures de l’escalier, une porte ramène les badauds dans un décor qui ne ressemble en rien à la splendeur qui le caractérisait.

« Ici c’est le 1er étage. Il n’y a qu’une porte d’accès qui permettent d’accéder à ce lieu. »

Des sépultures de pierre et un sol en terre imitent un cimetière à la perfection.

Un trou béant à été creusé et désormais le premier étage communique avec le deuxième. L’intendant se dirige vers la montée et désigne un lieu avec son doigt.

« C’est là que se situe le mari fou. »

Le groupe contemple l’obscurité bien trop pesante pour pouvoir y discerner quoi que ce soit.

« Ne trainez pas, nous avons peu de temps. »

L’homme pressé se dirige à présent vers une porte de crypte qu’il ouvre. Certaines personnes s’approchent du lieu. La porte n’est pas en pierre mais la matière qui la remplace l’imite à la perfection, le froid sépulcral en moins. Au-dessus, on aperçoit les lumières du 2ème étage.

« C’est ici qu’atterrissent les poupées que le mari tueur jette par dessus le balcon. Il faut les récupérer régulièrement. »

Un peu dérouté, le petit groupe semble chercher dans sa mémoire ce dont parle l’intendant fébrile qui leur sert de guide. Mais aucune accalmie ne leur ai accordé et déjà l’homme est reparti.

« Ici se trouve le zombie et vers la grosse lune, le loup. »

Tout en continuant à prononcer des phrases sans aucun sens - voilà des années que je ne m’épuise plus à tenter de comprendre les mots qu’il prononce - l’homme regarde sa montre. Puis il dirige sa main vers les portes rouges en bois sculpté dans le fond de la pièce.

« Voilà, les sièges retournent ensuite dans l’ascenseur. »

« Et comment accède-t-on au rez-de-chaussée? » demande un autre homme.

« Ah oui le rez-de-chaussée. Suivez moi. »

Le groupe se tourne pour reprendre une nouvelle porte mais l’intendant s’arrête quelques secondes pour faire face au badauds qui l’accompagnent.

« Je ne vous ai pas montré les sorties de secours mais il y a une ou deux portes à chaque étage qui mène vers l’extérieur, elles sont signalées avec l’éclairage habituel et l’alarme se déclenche quand on les ouvre. Donc ne faites pas les malins et ne les emprunter pas pour gagner du temps. Ça nous est déjà arrivé et nous avons dû attendre plus d’une heure pour reprendre le manège. Une heure c’est 45 clients. Faites le calcul de ce qui sera retiré de votre paie si on vous surprend. »

Le responsable ne reste pas quelques secondes de plus et s’engouffre déjà dans le corridor. Une jeune femme a l’air perdue se retourne une dernière fois sur le lieu. Son regard éveille ma curiosité, sa bouche, son nez… quelle curieuse sensation...


« Cet escalier descend au rez-de-chaussée, et c’est aussi là que se trouve un point d’évacuation. » nous dit-il en descendant les escaliers.

Il ouvre une nouvelle porte et une file d’attente aménagée en serpentin nous fait face.

« Voilà! Ici c’est la file qui permet aux personnes d’attendre leur tour. Sur votre droite, la plateforme où se trouvent la servante, la jeune fille noble et le second majordome. Les sièges partent par 3 toutes les dix minutes. C’est une belle cadence donc vous verrez que ça demande une bonne organisation. »

Après ces explications, nous avons refait tout le chemin en sens inverse et je me sens toujours aussi perdue quand nous arrivons devant les vestiaires.

« Bien c’est fini pour moi. Au vestiaire, vous avez les costumes à vos tailles dans vos casiers respectifs. Je vous invite pour l’instant à regarder vos manuels pour bien vous familiarisez avec le lieu et votre rôle. Cette après-midi, l’équipe sera au complet et vous pourrez être épaulés par les salariés habituels. » - une sacré bonne nouvelle, pensè-je - « Le repas sera servie à 12H30 pour une prise de poste à 13H30. Prévoyez au moins 20 minutes pour vous changer. Voilà, ce sera tout pour moi, je vous souhaite une bonne après-midi pleine de frayeur. »

Sur ces mots, M. LOSTSOUL fait demi-tour et repart par la porte qui mène au château.


Dés le départ du responsable, je me suis précipitée sur ma fiche.

Lorsque je l’ai rencontré il y a 15 jours, l’entretien a été relativement court. M. LOSTSOUL m’a examiné quelques minutes et m’a annoncé rapidement que j’avais le poste - le poste le plus facile que j’ai jamais obtenu - mais du coup, je n’ai eu aucune information importante. C’était assez étrange mais comme je l’ai dit, je n’avais pas vraiment le choix de l’accepter et j’ai mobilisé tout mon courage pour me rendre ici aujourd’hui. La fiche était donc la bienvenue.

C’est presque rassurée que j’ai lu que je travaillais au rez-de-chaussée, à la disposition des clients. Je suis une jeune femme noble morte il y a des centaines d’années mais je ne m’en suis pas rendu-compte. J’accueille les invités avec une révérence et un sourire macabre - Ce terme me rend un peu nerveuse, c’est quoi un « sourire macabre »? - et je débloque la barre pour les faire sortir.

Comme je l’ai dit, ce poste me rassure un peu mais il a le sacré désavantage de me faire traverser tout le château - et le soir qui plus-est!

Heureusement, depuis quelques minutes, certains vacataires s’amusent à jouer leur rôle. Tous travaillent dans le monde du spectacle, je me demande encore plus ce que je fais là mais au moins, le spectacle me remonte un peu le moral.

Les deux soeurs de notre groupe, Anna et Louise ont minaudé leur rôle de soubrettes à la perfection. Leur beau minois et l’exagération avec laquelle elle jouait funèbrement de leur charme a provoqué des éclats de rire qui me font encore mal aux abdominaux. Il faut que je m’inspire de leur mimique.

Jonathan, un grand blond au regard clair comme de l’eau de roche, a parfaitement incarné la folie de son personnage de groom. Il est impatient de déclencher l’ascenseur et de foutre la frousse au client.

Tout le monde a rigolé mais plus encore Leïla, une grande brune mince qui apparemment travaille à la disposition des clients comme moi. Ça lui a d’ailleurs donné l’impression qu’elle et moi devions être « super copine ». Elle s’est accrochée à mon bras et me parle comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Une partie de moi est terriblement gênée. Je ne suis clairement pas la personne la plus sociable mais l’autre partie se dit qu’au moins, son excentricité me rend encore plus invisible.

Un jeune homme châtain au teint pâle et au corps imposant observe la scène dans un coin. Il s’appelle Noé et semble super pote avec son voisin, Issa, un très grand garçon mince aux cheveux épais.

Asma, elle, regarde son scénario avec appréhension. Elle doit certainement penser à la plateforme suspendue dans le vide abyssal et sur laquelle, elle va devoir demeurer pendant 15 jours. Cette pensée me glace le sang et je me secoue un peu pour faire disparaitre cette sensation.

Julien, un magnifique apollon, grand et baraqué nous regarde avec un sourire plein de charme. Il est imité par son voisin, Etienne, un brun plutôt bien foutu aussi. Je me repositionne sur ma chaise un peu dérangée par toute cette attention.

Sur ma gauche, un petit roux à l’allure timide qui s’appelle Adrien feuillette son livret l’air ailleurs et son voisin Jian, un grand chauve, lève les yeux au ciel. Apparemment, les pitreries de nos collègues ne l’amusent pas du tout.

D’un coup, l’homme le plus âgé d’entre nous se lève. José porte une petite barbe terriblement négligée. Ses cheveux grisonnants en bataille ajoutent la touche finale à son look de daron épuisé.

« Bon les jeunes. Il va être l’heure de manger! »

Plusieurs têtes se tournent vers l’horloge, il est 12H40 et une odeur délicieuse commence à envahir nos narines.


Dans la cuisine, de grands plats fermés sont sur la table et mes collègues soulèvent un par un les couvercles pour regarder ce qu’il y a dedans.

« Je trouve que pour la nourriture c’est un sans faute, parole de Majordome! » s’amuse Julien.

Nous nous asseyons autour de la table alors que de nouvelles personnes commencent à arriver.

Deux jumelles rentrent dans la pièce, le sourire aux lèvres.

« Bonjour la nouvelle team! Nous sommes ravies de rencontrer de nouvelles têtes. Moi c’est Sophie et ma soeur c’est Agnès. Si vous ne nous différenciez pas, c’est pas grave, on a l’habitude. »

Pourtant la différence est flagrante. L’une a le sourire franc et est très enjouée, contrairement à l’autre qui semble plus en retrait. Son sourire est timide et elle se cache derrière sa soeur. Sophie nous détaille un par un puis s’arrête sur les deux soeurs. Elle tape du coude le bras de sa jumelle.

« Regarde c’est notre binôme. »

« Enchantée, nous c’est Anna et Louise. » se présentent mes collègues.

Un homme et une femme d’une quarantaine d’année font leur entrée. Ils se tiennent par la main.

« Bonjour, Moi c’est Patrick et voici ma femme Lorietta. »

L’homme grand et brun est souriant et parait plus extraverti que la femme qui reste silencieuse. Ils s’assoient l’un a côté de l’autre et la femme se lève pour lui servir une assiette de lasagne.

« Est-ce que quelqu’un en veut pendant que j’y suis? » demande-t-elle d’une voix faible.

« Oui j’en veux bien merci » lui dis-je en tendant mon assiette.

Un nouvelle homme du même âge lui aussi rentre dans la pièce. Il ressemble beaucoup au premier mais semble porter moins d’importance à son apparence. Il vient faire la bise au couple.

« Bonjour les jeunes! Je suis Carlos » nous informe-t-il avant de prendre une assiette que lui tend Lorietta.

Jérémy, le majordome rencontré à l’entrée, apparait suivi de deux femmes. Ils viennent nous faire la bise en se présentant - une vraie torture pour moi qui n’apprécie pas vraiment de me faire embrasser par des inconnus.

Leïla, elle, embrasse joyeusement ses nouveaux collègues.

Jian, quant à lui, se lève adressant un vent royal à une des femmes qui tendait la joue.

« Toi je sais quel personnage tu joues. » lui dit la femme avant de reprendre le tour. Cette étrange réflexion me fait tiquer mais déjà Jérémy vient m’embrasser. Il s’arrêtent vers moi pendant que Lucia et Aminata continuent d’embrasser les autres personnes.

« Vingts personnes, c’est beaucoup trop à embrasser », me souffle-t-il dans l’oreille, « alors que manges-tu Lola? »

Je lui montre mon assiette alors qu’un autre homme rentre. Il a l’air de mauvaise humeur et ne décroche pas un mot à la table.

« Ça c’est Youssef, il est très acariâtre. » me renseigne Jérémy.

Puis il se lève et s’empare d’une salade de tomate qu’il me tend.

« Goûte ça ma belle, c’est un délice. »

« Merci. »

Je me sers quand une autre personne arrive.

Un petit homme maigre s’avance dans la pièce. Il porte de grosses lunettes et ses cheveux sont coiffés comme si sa maman elle-même venait de lui peigner - la raie bien au milieu, le poil bien gominé.

Un frisson vient parcourir mon cou à ce moment-là et je regrette soudainement l’écharpe que j’ai posé sur une chaise dans la salle de réunion.

Un autre homme apparait alors et je m’arrête de servir quelque secondes : cheveux mi longs en bataille - quelques bouclettes entourant son visage - des yeux en amande et deux iris redoutablement sombres. Il porte une veste en cuir sur un t-shirt blanc qui donne un avant-goût de son corps bien bâti et un jean noir. Pour un peu, je m’attendrais à voir un corbeau se percher sur son épaule.

« Tu mates notre artiste torturé? » me demande Jérémy.

« Artiste? »

« Oui c’est un musicien un peu perché. Il ne parle pas beaucoup mais il est bien foutu. »

« Tu dis ça parce que tu es une vraie pipelette? » lui demandè-je taquine.

« Ah ah ah mais dis donc réservée ET coquine? »

Mes joues rougissent légèrement lorsqu’il me qualifie de coquine et je porte rapidement la fourchette à ma bouche.

« En tout cas, moi je préfère Karim. Tiens regarde, il rentre justement. » continue-t-il.

Un beau brun au teint basané apparait dans l’embrasure de la porte. Il est grand, à de larges épaules et deux fossettes qui se dessinent lorsqu’il nous adresse un sourire. C’est vrai qu’il est canon.

Mais mon oeil est attiré sur l’homme d’avant qui se pose sur une chaise le regard perdu dans le vide. La femme d’une quarantaine d’année lui sert une assiette et il la remercie avec un sourire.

Instantanément, nos regards se croisent et une petite lueur anime ses pupilles. Il passe sa main dans ses cheveux pour dégager son front et retourne à son assiette.

Mes yeux font le tour de la table, regardant attentivement mes futurs collègues pour les semaines à venir. L’équipe qui travaille ici toute l’année dégage quelque chose de particulier - comme s’il faisait partie d’un tout et je suis incapable de comprendre ce qui les relie tant - ce n’est pas vraiment l’apparence, ni le caractère, quelque chose de plus subtil - l’emprunte du lieu peut-être, un lieu qu’ils doivent fréquenter depuis beaucoup trop d’années.

Le repas terminé, aucune information sur le travail que nous allons faire ne nous a été communiquée. Beaucoup de bruits et de blabla pour parler de choses futiles mais rien de tout ce qui m’intéresse. Moi qui attendait quelques explications, je suis déçue.

Les employés réglés comme des horloges, se sont dirigés vers les vestiaires pour enfiler leur costume et nous les avons suivis un peu pommés par l’inconnu qui nous attendait.

J’ai enfilé le costume qui était prévu pour moi et je me regarde dans le miroir pour admirer le résultat. Je porte une robe blanche avec quelques jupons qui semble très légère. Elle est tachée et déchirée à quelques endroits. Un corset bleu dragée un peu petit fait pigeonner mon décolleté comme jamais. Cette tenue fait ressortir mon teint pâle, mes cheveux châtain retombent en désordre sur mes épaules ronde. Leur reflet caramel semble se dégager davantage. Je me sens différente et pourtant toujours moi.

« Je comprend pourquoi il t’a choisi, c’est époustouflant. »

Une jeune femme blonde s’approche. Elle s'appelle Lucia et est habillée comme moi.

« Qu’est-ce qui est époustouflant? » demandè-je intriguée.

Elle a l’air ébahie, me regarde de haut en bas puis se reprend.

« Ce costume est un peu petit. Ça va aller? »

« Oui ça va mais c’est pas un peu trop décolleté? » lui réponds-je inquiète.

« C’est parfait, je vais te maquillée un peu. »

Sur ces mots, la jeune femme sort une palette de maquillage de mon vestiaire. Elle rajoute de la blancheur à mes joues rondes et fait ressortir mon nez droit. Elle applique soigneusement un far sous mes yeux. Ce maquillage fait ressortir les quelques éclats jaunes qui tapissent mon iris marron. Elle colle des fausses cicatrises sur mes bras, mon cou.

« Franchement incroyable... Il faudra que tu reproduises ça tous les jours, ça ira? »

« Oui pas de problème. »

Je me tourne vers le miroir pour m’admirer. Je suis si incroyable que ça?

Avec ce décolleté, j’aurais pu jouer une nourrice prête à donner le sein, un peu effrayante certes mais appétissante. J’ouvre mon casier pour récupérer mon paquet de cigarette. Le costume ne possède aucune poche et je regarde la généreuse fente qui sépare mes deux garde-manger pour nourrisson. Je crois que ce costume m’offre l’endroit idéal pour cacher mon paquet de cigarette.

TUT ! TUUUT ! , T-U-U-U-U-T !

Une sonnerie me fait sursauter et pendant quelques secondes, je me demande ce que c’est. Tout le monde a l’air apaisé sauf Asma qui a le même regard affolé que moi.

« Bon il est l’heure de se mettre en place. Formez vos équipes selon les costumes et suivez les habituées. » nous dit Lorietta.

Un dédale de monstres et de fantômes envahissent alors le couloir et s’engouffrent dans la porte du fond : des vêtements déchirés, des loups, des citrouilles qui se baladent sur des jambes, un affreux mélange sortie de mes pires cauchemars.

Je sens que l’entrée en scène est proche et tout cette ambiance bizarre me met assez mal à l’aise.


« Lola, je t’attend là! »

Je ne connais pas Aminata depuis plus de 6h et déjà, elle me tape sur les nerfs.

Je tente de nettoyer le siège - carrément dégueulasse - d’un des sofas articulés qui se baladent dans les méandres de cette foutue baraque et je sens son regard impatient dans mon dos.

La servante, la jeune fille et le majordome qui les accompagnent terminent un peu plus tard que les autres employés. Chaque siège doit être nettoyé avant leur départ.

Seulement voilà, nous sommes dans un château abritant une attraction qui abuse carrément de la vétusté du lieu. Il y a plus de tâches sur ce sofa que sur les murs d’un parcourt de paintball ; alors discerner la tâche voulue de la tâche pas voulue s’avère un vrai casse-tête.

« Tu es beaucoup trop précautionneuse. Si tu essaies d’effacer toutes les tâches, t’es pas prête de rentrer chez toi » me dit-elle moqueuse.

Je retiens patiemment toutes les insultes qui me viennent en tête. J’ai pas envie d’épiloguer et bizarrement quand t’insultes les gens, ça ne s’arrête jamais là.

« Je ne t’attendrais pas à chaque fois! »

Cette fois, je me redresse et range rapidement les affaires dans le petit placard. Ces mots m’ont convaincu de me dépêcher. Il n’est pas question que je rentre seule dans ce labyrinthe sombre et affreusement glauque.

« Ne me laisse pas toute seule, je vais me perdre. »

« Mais non, tu vas voir tu t’y repères vite après. Et puis, même si on est les derniers à quitter nos postes, il y a toujours quelqu’un qui traine ou le responsable qui fait son tour. »

Oui enfin bon si je me souviens bien le responsable fait son tour vers 21h/21h30 donc, ça fait beaucoup trop de temps à chercher la sortie dans ce lieu des enfers.

Aminata n’a rien à envier à M. LOSTSOUL en matière de rapidité. Elle traverse les couloirs, les escaliers, les portes et je ne sais quoi d’autres avec vivacité. Et pauvre de moi, je regarde nerveusement ce qui défile avec l’espoir de retenir le chemin.

Nous arrivons enfin dans le couloir en pierre.

« Tu peux me dire comment aller au coin fumeur? » lui demandè-je.

« Oui tu peux prendre ce couloir et la porte verte ramène vers les vestiaires, okay? »

« Oui, merci Aminata. »

C’est soulagée que je quitte ma collègue pour la journée.

Je m’avance seule dans le couloir glacial. Je peux sentir le vent frais qui engouffre ce lieu. La porte doit certainement être ouverte et d’autres fumeurs doivent savourer leur cigarette de fin de journée.

Je fouille mon décolleté pour trouver mon paquet et l’air frais dessine la chair de poule sur tout mon décolleté.

Le soleil est déjà couché et une légère brume commence à s’installer. On ne distingue pas vraiment ce qu’il y a à l’arrière du château et cette obscurité n’est pas rassurante.

Finalement, personne ne fume ici. J’allume ma cigarette à l’abri du vent alors qu’un frisson parcourt mon cou.

« Ta première journée s’est bien passée? » me demande une voix rauque.

Je me retourne et une silhouette sort de derrière la porte.

Je reconnais l’homme aux yeux redoutablement sombres et au cheveux noirs ondulés.

Il porte toujours sa veste en cuir et son t-shirt blanc. Je me demande quel travail ici ne demande pas de changer de vêtements … néanmoins, il en a peut être pas besoin, il s’assortit parfaitement au paysage lugubre - teint pâle - inquiétant tout en dégageant une chaleur brute … complexe, très complexe.

« Euh oui, un peu effrayant quand même » lui réponds-je.

Il avance vers moi et se cale sur le mur à côté. Le mouvement de l’air provoque un nouveau frisson dans mon cou. Sa tête levée regarde le ciel noir. Je m’avance un peu plus pour mettre une distance que je ressens indispensable.

« Tu aimes avoir peur? » me demande-t-il alors.

Je le sens derrière moi mais je tente de me concentrer sur ma cigarette.

« Non. »

« Ce n’est pas l’idéal pour toi de travailler dans un château hanté. »

« Oui mais je n’ai pas l’habitude de me laisser manipuler par mes peurs. »

J’arrive à nettement percevoir son regard sur ma nuque et je tire sur ma cigarette pour soulager la tension qui me tiraille.

« Tu ne fumes pas? » demandè-je.

L’homme se redresse et avance un peu à ma hauteur. Il a les mains dans ses poches et les yeux toujours vers le haut.

« J’ai arrêté mais j’aime toujours autant l’odeur de la fumée. »

« C’est un peu bête … si tu ne fumes plus pourquoi venir t’intoxiquer avec la fumée des autres? Ce serait pas plus simple de fumer carrément? » lui dis-je en me retournant face à lui.

L’homme tourne sa tête vers moi et me regarde quelques secondes. Son regard est indéchiffrable et mon coeur palpite nerveusement.

Il s’avance, se met à ma hauteur, saisit ma cigarette effleurant mes lèvres de ses doigts et la porte à sa bouche.

Il prend une bouffée et expire bruyamment les yeux fermés. Une sensation fugace me traverse et m’agite. Je n’ai pas le temps de la percevoir clairement mais mes yeux détaillent ses lèvres. Puis l’homme jette la cigarette par terre et me regarde à nouveau.

« Je vais y réfléchir. » dit-il avant de s’en aller.

Je le regarde s’éloigner un peu déconcertée.

Il a jeté ma cigarette avant que j’ai pu la finir et c’est très frustrant. Mon coeur commence à ralentir dans ma poitrine et je cherche à nouveau dans mon paquet. Appuyée sur le mur, une bouffée salvatrice emplit mes poumons pendant que je regarde le noir de la nuit.


Ce midi, je suis un peu à la bourre. Ma nuit a été agitée.

Le temps est aussi effroyable que la veille et je marche rapidement à travers les tombes. Les corbeaux croassent au loin. C’est un détail que je n’avais pas observé hier mais il me fait froid dans le dos. Décidément, rien n’est laissé au hasard ici.

La crypte me permet d’accéder à un lieu plus aseptisé et plus rassurant.

Le bruit de mes collègues qui mangent résonnent dans le couloir. Certains d’entre eux sont déjà entrain de se rendre aux vestiaires.

« Bonjour Lola! » me salue Aminata qui est entrain de laver son assiette dans l’évier.

« Bonjour, je suis un peu en retard. »

Aminata lève les yeux vers l’horloge de la cuisine.

« Tu as encore le temps de manger si ce n’est pas déjà fait mais grouille-toi. »

Il est 12h52, ce qui fait peu de temps quand même. Je m’assieds à la place la plus proche. Anna, Louise, José et Carlos terminent leur repas. Karim est aussi présent et je repense à ce que m’a dit Jérémy.

« Salut Ahmed! » cri Karim a un homme qui vient de passer rapidement devant la porte.

« C’est le majordome qui va travailler avec nous. Il n’était pas là hier. » m’informe Aminata.

Une information qui ne m’apportera rien maintenant vu que je n’ai pas pu bien voir cet homme.

Je me lève pour soulever les couvercles des plats qui sentent vraiment bons. Une main me tend une assiette et je me tourne pour remercier le jeune homme mince aux lunettes. Il reprend sa fourchette et la tape nerveusement sur le bord de son assiette. Il semble très mal à l’aise.

« Bonjour, on ne s’est pas trop présenté hier » lui dis-je doucement, « je m’appelle Lola et toi? »

« Benoit. » me dit-il le regard fermé.

« Enchanté Benoit. »

Il saisit son verre et tourne son regard à l’opposé. Une façon assez délicate pour m’envoyer bouler mais je comprends, parler n’est pas mon fort non plus.

Mon assiette pleine, je saisis un morceau de dinde au curry et porte la fourchette à ma bouche.

« Mmmmhhh c’est délicieux. C’est toujours aussi bon ce qu’on mange? »

Benoit tourne sa tête vers moi et me regarde méchamment.

« Tu devrais te dépêcher de manger au lieu de parler. »

Il est plus désagréable qu’asocial en fait. Il se redresse et se dirige vers les vestiaires laissant son assiette trainée sur la table.

Karim se lève pour la récupérer et s’approche de moi. Il pose sa main ferme sur mon épaule et je commence à comprendre de plus en plus Jérémy.

« Ah fais pas attention. Il se prend pour je sais pas qui celui-là. » me dit-il.

« Oui je crois que j’ai compris le message. »

« Par contre, il a raison, il faut que tu te dépêche sinon tu n’auras pas le temps de te changer. »

Je regarde l’horloge, il est 13H05 et dans 5 minutes, il faut que je sois au vestiaire pour me préparer. Les autres collègues présents quittent la table et j’avale rapidement mon assiette pour ne pas être en retard.


Envahie par mes pensées, voilà dix minutes que je frotte mon chiffon sur le même endroit. J’ai entendu vaguement Aminata me parler mais je me rends compte désormais qu’elle devait être entrain de me saluer car il n’y a plus personne sur la plateforme - à part moi - moi et ma fucking solitude.

Je regarde mon travail de nettoyage espérant qu’au moins, mon effort n’aura pas été en vain. Et bien non! J’ai le plaisir de voir que j’ai ajouté une nouvelle tâche à ce sofa déjà bien abîmé - et évidemment le plaisir de comprendre que je vais devoir retrouver le chemin toute seule.

Je suis donc désormais immobile, déconcertée par la situation.

Hier, Aminata m’avait prévenu qu’elle ne m’attendrait pas mais je n’aurais jamais pensé qu’elle exécuterait ses menaces dés le lendemain. Quant au fameux Ahmed, il semble plus silencieux qu’une carpe. Je suis même pas sûre de l’avoir entendu me saluer avant qu’il parte.

La question est donc la suivante : Comment vais-je retrouver mon chemin? Moi qui ai encore l’impression d’évoluer dans un labyrinthe où chaque coin représente un lieu plein de danger?

Quand les clients sont présents, il y a une espèce d’ambiance qui rend l’endroit moins lugubre mais une fois déserté…tout ça me fait frissonner.

Je regarde les deux ouvertures béantes qui se trouvent de chaque côté de la plateforme la boule au ventre. Les rails s’y enfoncent, complètement avalées par l’obscurité. De drôles d’échos me parviennent, probablement nourris par mon imagination débordante et certainement créés par les employés qui rentrent chez eux.

« Bon aller, je range et je me barre moi aussi! » me dis-je à voix haute pour me rassurer.

Je remets donc le produit dans le petit placard.

Je traverse les rails et file à la vitesse de l’éclair pour accéder à la porte qui mène aux escaliers en pierre. Soyons efficace! Je suis bien décidée à minimiser au maximum le temps que je passe dans ce lieu.

« Alors que je me rappelle ... cet escalier mène au 2ème étage? Ou peut être au premier? Ce serait plus logique non? Et l’escalier du 2ème mène où? Au premier? Au rez-de-chaussée? Non c’est pas logique du tout. »

Je tente de me rappeler un peu, mais au-dessus de l’escalier trois couloirs se présentent à moi et je ne sais pas lequel emprunter. Je décide de tenter le plus large à gauche.

Parce qu’il est plus rassurant? Absolument pas mais celui qui va tout droit ne me dit absolument rien et celui de droite est bien trop sombre. Le gauche, lui, est un couloir bien glauque qui me semble assez familier.

Un nouvel escalier se présente à moi et celui-ci monte encore. Le doute m’envahit.

« Je ne devrais pas redescendre normalement? »

Le couloir continue après l’escalier et j’hésite quelques secondes. Finalement je décide de monter. Ce chemin est plus éclairé.

Deux nouveaux couloirs se présentent à moi et je ne sais même plus quelle est ma droite et quelle est ma gauche. Je ferme les yeux et je tente de visualiser Aminata devant moi.

« Elle était passée par où déjà? »

Mon coeur palpite dans ma poitrine et c’est certainement ce qui a du se passer hier soir aussi parce que je ne me souviens de rien.

Je tourne à droite vers les sièges entreposés qui me rappellent vaguement quelque chose. Je tourne et au fond, j’aperçois l’ours. Je me souviens de l’ours, je ne sais pas pourquoi et en quoi, ça m’est utile mais je m’en souviens. Me v’là bien!

Mon coeur accélère encore et me donne l’impression qu’il y a urgence à retrouver mon chemin. J’ouvre la porte la plus proche de moi. Le décor aura peut être l’avantage de me dire où je suis et où je vais.

Le lieu est à peine plus éclairé que le corridor. Sur ma droite, la descente plonge dans les ténèbres et mes muscles se raidissent. L’obscurité me semble si menaçante que, cette fois, mon coeur bat violemment dans ma poitrine.

« Quelle trouillarde je suis! Y a plus personnes ic bordel. », tentè-je de me rassurer maladroitement.

Crac! Cric Crac! Crac!

Un bruit venant de l’obscurité me fait sursauter et m’arrache un cri strident.

« Merde c’est quoi ça? »

On aurait dit que quelqu’un faisait craquer ses os à côté de mes oreilles.

Craaaaaccc! Cric!

Loin de s’arrêter le bruit continue de plus belle et l’image d’un corps désarticulé me fait frémir. Je tends l’oreille pour analyser et donner une image moins effrayante à ce bruit - des noix que l’on casse? - du bois que l’on brise?

Craaaacc !

Mais l’image des os sortant de leur articulation ne veut pas sortir de ma tête.

Argghhhhhh!!!!!

Cette fois, le bruit ressemble à celui d’une femme dont les cris sont étouffés.

« Ok, j’inspire, j’expire, j’inspire, j’expire… Y a quelqu’un? »

Ma voix tremble et je me penche prudemment vers le vide.

L’effroi me saisit quand la seule réponse qu’on m’apporte est ce qui semble être un rire sorti de nulle part. La voix est cristalline et j’ai l’impression de sentir une présence prête à m’envahir.

Les ombres qui m’entourent semble être palpables, comme vivantes. Tous mes poils se hérissent, je recule terrorisée. Un vent souffle dans mon cou et mes pensées vont à mille à l’heure.

« Putain merde! Un manège… c’est un manège!! Un manège de merde! »

Brusquement, les portes se déforment sur le côté. Les bruits étranges venant du 1er étage reprennent de plus belle et je me décide à bouger rapidement.

J’atterris affolée dans le couloir sombre et sale. Sans réfléchir, je me précipite dans un escalier qui descends dans un nouveau lieu angoissant.


La jeune femme, le regard épouvanté observe autour d’elle comme pourchassée par un terrible assassin. Ses traits me semblent si familier… encore un petit effort… Elle marche précipitamment et choisit un corridor pour s’y aventurer tremblante.

Les bruits sont plus forts ici et la lumière semble être totalement avaler par les ténèbres. Bientôt, sa route se termine par un mur sur lequel elle se cogne.

Elle se retourne désespérée, ses yeux s’accrochant à la faible lumière qui éclaire de l’autre côté. Les tâches jaunes de ses yeux…Je me souviens maintenant…

Un vent glacé semble faire se dresser tous les poils de sa nuque. Un bruit de porte qui s’ouvre et l’on peut entendre son coeur battre à tout rompre.

Elle accélère pour échapper au bruit lourd des pas qui désormais la poursuivent. Ils accélèrent derrière elle comme pour l’atteindre.

« Tu t’es perdue dans cet immense manoir? »

Une voix horrible l’a fait sursauter et dans l’obscurité se dessine une abominable citrouille au visage terrible. Elle s’immobilise et s’approche de la paroi. Ses jambes tremblent et sa main vient se poser sur la tapisserie pleine de toiles d’araignées.

« Aaaaahhhhh! » crie-t-elle secouant ses mains.

« Aurais-tu peur de l’épouvantail. » prononce la voix étrange.

A suivre ...

SOUTIENS-MOI POUR QUE J'ECRIVE ENCORE PLUS DE NOUVELLES ICI

MA PAGE TIPEEE

Ce texte est la propriété du site "Les désirs de Lola" et de son auteur et est protégé par les lois sur le droit d'auteur. Recopier tout ou partie de ce texte vous expose à des poursuites judiciaires.

Billet précédent
Un été qui s'achève
Billet suivant
Les Échos du Manoir - Partie 2
 Revenir au site
strikingly iconPropulsé par Strikingly
Photo de profil
Annuler
Utilisation des cookies
Nous utilisons des cookies pour améliorer l'expérience de navigation, la sécurité et la collecte de données. En acceptant, vous consentez à l'utilisation de cookies à des fins publicitaires et d'analyse. Vous pouvez modifier vos paramètres de cookies à tout moment. En savoir plus
Accepter tout
Paramètres
Refuser Tout
Paramètres des Cookies
Cookies nécessaires
Ces cookies sont destinés pour des fonctionnalités de base telles que la sécurité, la gestion du réseau et l'accessibilité. Ces cookies ne peuvent pas être désactivés.
Cookies pour les statistiques
Ces cookies nous aident à mieux comprendre comment les visiteurs interagissent avec notre site web et nous aident à découvrir les erreurs de navigation.
Préférence pour les Cookies
Ces cookies permettent au site web de se souvenir des choix que vous avez faits afin de fournir une fonctionnalité et une personnalisation améliorées.
Enregistrer